Emplois verts : l’Aquitaine descend du podium

Emplois verts : l’Aquitaine descend du podium

« L’Aquitaine est la première région de France pour les emplois verts ». Alain Rousset, président (PS) du Conseil régional, l’a répété à plusieurs reprises ces dernières années. Mais derrière ces déclarations enthousiastes, les chiffres sont plus nuancés. Enquête sur le développement de ces nouveaux métiers « environnementaux » dans la région.

 

1 161 emplois verts en 2009. Cette année-là, l’Aquitaine a créé plus d’emplois dans les filières environnementales que n’importe quelle autre région française. À la source de ces chiffres, un rapport de 2009 de l’Observatoire de l’investissement, dépendant de la société de conseil Trendeo. Il dénombrait les créations et les destructions d’emplois dans douze secteurs « verts ».1

 

Des chiffres qui sont encore plus impressionnants si on les compare à la population de ces régions : l’Aquitaine comptait en effet 1,31 million d’actifs occupés en 2009, soit deux fois moins que la région Rhône-Alpes (2,56 millions) et quatre fois moins que l’Île-de-France (5,24 millions)2. Pourtant, elle a créé cette année-là plus d’emplois que ces deux régions.

Alors, l’Aquitaine, championne de France des créations d’emplois verts ? Pas si vite !

Sur une période plus longue, de fin 2008 à début 2015, la région présidée par Alain Rousset rétrograde à la quatrième place. Un résultat honorable, mais qui ne place plus la région qu’au pied du podium.

 

L’APEC (Association pour l’emploi des cadres, publique) donne des résultats semblables. En 2011, elle dénombre la quantité d’offres d’emplois de cadres par région dans le secteur de l’environnement. Si l’Aquitaine se classe neuvième de France métropolitaine en nombre absolu d’offres, elle monte au troisième rang si l’on tient compte de la proportion d’offres d’emplois environnementaux par rapport à l’ensemble d’entre elles.

 

Côté demandeurs d’emploi, la région se porte aussi bien, puisque leur nombre dans les « métiers verts » est plus faible en Aquitaine que dans le reste de la France.

 

Une filière solaire qui s’éclipse

Revenons au pic de 2009, à l’origine du slogan « Aquitaine, première région de France ». Comment la région s’est-elle, en l’espace d’une année, hissée en tête du classement ? L’histoire tient plutôt à la montée d’une « bulle spéculative » qu’à une politique publique dynamique. En témoigne la répartition des créations d’emplois par secteur en Aquitaine cette année-là.

 

Sur 1 161 emplois annoncés, 850 relevaient de la filière solaire. Ils provenaient de seulement trois entreprises, qui avaient annoncé des investissements massifs dans le photovoltaïque. Mais ces chiffres mirobolants se sont bien amenuisés dans la réalité. En 2010, le ministère de l’Écologie décrète un moratoire sur l’énergie solaire. Cette décision, qui rendait tout à coup la production d’énergie photovoltaïque beaucoup moins rentable, a lourdement impacté le secteur. Des trois entreprises qui avaient annoncé des investissements, une seule a finalement mené le sien à terme : Fonroche Énergie, qui emploie toujours 200 personnes à Roquefort (Lot-et-Garonne). Cette entreprise a réussi à mener à bien ses investissements grâce à sa taille. « Nous nous sommes diversifiés sur d’autres activités pour faire face au moratoire : méthanisation, géothermie et éclairage public », explique Nolwenn Bussod, directrice des ressources humaines de l’entreprise.

Solar First / EDF, qui devait créer 300 emplois en ouvrant une usine à Blanquefort, a annoncé le gel de son projet peu après l’annonce du moratoire. Solarezo, qui devait également employer 300 personnes à Pontonx-sur-l’Adour (Landes), n’a finalement embauché que 90 personnes, et a déposé le bilan en 2013.

Pour autant, cet échec relatif des investissements dans le solaire ne doit pas assombrir les bons résultats de la région Aquitaine. De fin 2008 à début 2015, le solaire représente la deuxième filière ayant créé le plus d’emplois verts dans la région, juste derrière la méthanisation.

L’Aquitaine, si elle n’est pas la première de la classe, fait sans aucun doute partie des bons élèves. Tendance qui se confirmera avec la fusion des régions. La future grande région Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin figurera même sur le podium, se classant troisième sur treize en France métropolitaine.

 
1 Biocarburants, biomatériaux et écoconstruction, bois-chauffage, économies d’énergie, éolien, géothermie, méthanisation, recyclage et dépollution, solaire, stockage d’énergie, véhicules électriques, « divers ».
2 Source : INSEE, 2009.
 
Erwan Bruckert, Laura Prat, Adrien Vicente